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| A propos de... Marshall Mac Luhan | ||
| Il appartient au devenir
inéluctable des hommes de disparaître deux fois : en quittant la vie et
en étant oubliés. C'est sûrement toujours une erreur de la part des vivants, c'est parfois une faute. Non seulement par respect pour une vie ou une uvre mais surtout par simple intérêt bien pensé, à cause de la valeur pérenne du message délivré. Marshall Mac Luhan est, ainsi, de ceux qu'il serait préférable de ne pas oublier, malgré ses seulement treize lignes dans le petit Robert des noms propres. Bon, d'accord, l'auteur est particulièrement pénible à lire avec son mépris surréaliste du plan et de l'organisation des idées, avec ses formules à l'emporte-pièce, avec sa tendance à parler de tout, en même temps, sans hiérarchiser quoi que ce soit, avec son don naturel pour la provocation et le plaisir qu'il prenait à mélanger les sciences, avec son penchant irréversible pour le jeu avec les mots, voire pour les jeux de mots, avec son délire utopiste surtout, qui lui valut les foudres des universitaires bien pensants de tous bords (il est vrai qu'il avait ose dire : "Tout notre système d'éducation est réactionnaire" et même : "Nos écoles actuelles sont des pénitenciers intellectuels"). |
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Vérités d'hier ou d'aujourd'hui
Mais il faut savoir relire
aujourd'hui ses aphorismes écrits à la fin des années soixante pour en
reconnaître l'incroyable actualité |
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Village planétaire Mais surtout, le prophète
de Toronto a été particulièrement surprenant dans le domaine de l'emprise
des médias électroniques sur notre société : les médias électroniques
bouleversent l'organisation du monde et instaurent un véritable "village
planétaire" ("Nous participons totalement à la vie des autres,
nous ne pouvons plus nous cacher les uns les autres"). Ce nouveau
monde relève de la simultanéité, de l'immédiateté, de l'interconnexion
systémique de tout avec tout. Il marque "un retour au concept tribal
de la discontinuité du temps et de l'espace". |
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| Galaxie "Bill Gates"
Mac Luhan, c'est aussi cette formidable intuition, aujourd'hui confirmée par l'évolution sociale, selon laquelle les médias déterminent la vie sociale toute entière. Comme si les inventions de l'homme gêneraient à leur tour l'invention d'un monde diffèrent : ils font et organisent l'histoire des hommes en déterminant le type de relations sociales qui peuvent et doivent exister. C'est la célèbre thèse des galaxies : Galaxie orale, Galaxie de l'imprimé plus que de l'écrit (baptisée Galaxie Gutenberg) et Galaxie électronique (qu'on baptiserait probablement aujourd'hui Galaxie Bill Gates). Le véritable message délivre par les médias, celui qui est délivré, décodé, consommé inconsciemment et profondément, ce n'est pas le contenu manifesté des sons et des images, c'est le schème contraignant (lié à l'essence technique même du média) de désarticulation du réel en signes succéssifs : un véritable système de découpage et d'interprétation du monde. Ou comme le proclamait Mac Luhan : Médium is message ! |
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| Bonjour les réactions actuelles au livre électronique, les incantations bourdieusiennes sur la société télévisuelle et d'une façon générale l'utopie du web ! | ||
| Il faut aussi évoquer la séduisante théorie du passage de la civilisation de l'il à la civilisation de l'oreille : l'écrit, multiplié par l'imprimerie, marque l'avènement de l'individu solitaire devant un texte, en situation de pouvoir se détacher sensoriellement pour analyser le monde. Avec la télévision, et on rajouterait, bien sur, avec Internet, l'individu est appelé à faire la synthèse d'une image techniquement imparfaite, à induire, à deviner, voire à ressentir. Il est du coup invité à s'impliquer plus dans l'image, à faire corps avec elle. | ||
| Bonjour les constructions virtuelles, les internautes rivés des heures à leur écran, les jeux vidéo ! | ||
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Chapeau l'artiste Visionnaire donc
et oh combien ! Et par suite, évidemment, imparfait et critiquable, ne
serait-ce que méthodologiquement. Mais celui qui s'analysait froidement
comme "un perceur de coffres-forts" répondait à l'avance aux
critiques par une formule bien dans sa manière : "Je me jette à l'aventure
dans l'exploration, je n'explique rien, j'explore. Un explorateur est
un être profondément illogique !". |
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| Bernard Pourprix | ||